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Moi, rôliste

 

Moi, rôliste.

 

Je suis tombé dans le jeu de rôle quand j'étais petit, parce qu'un cousin a moi a voulu partager sa passion d'alors avec ses petits cousins et cousines. C'était pendant les vacances, dans la maison de famille dans les Pyrénées, il faisait relativement beau, et nous étions installés dans le petit salon, celui à gauche, en entrant.

 

Contrairement à de nombreux autres rôlistes, je n'ai pas commencé par Dungeons & Dragons. Non, c'est avec Warhammer que tout a commencé. Pour situer les choses, Warhammer est un univers médiéval-fantastique, reprenant de nombreux éléments communs aux jeux "med-fan", à savoir les races telles que humains, elfes, nains et autres goblins, mais aussi le niveau technologique (les armes à feu en sont à leurs balbutiements) et la magie. Ce qui fait la différence avec un jeu tel que D&D, c'est l'influence germanique dans les noms de lieux, dans les descriptions des lieux, dans la noirceur.

 

Mes cousins et moi avons donc commencé par créer nos personnages. Je ne sais plus quels étaient les choix de mes cousins, mais je me rappelle très clairement que le hasard et mes choix avaient fait de moi un ratier, accompagné d'un chien, et équipé de son bâton favori exposant des rats capturés. Ce personnage a eu une longue vie, littéralement et figurativement : il a survécu à de nombreuses aventures, et la fiche de personnage est toujours intacte, rangée dans un classeur quelque part chez moi. Je me rappelle que le concept de jouer un personnage m'avait plu. J'avais aussi à l'époque commencé à vouloir, comme mon cousin à l'époque, collectionner des figurines (elles nous servent pour symboliser personnages et montres sur les plans). Je n'étais pas un avide collectionneur, et le peu que j'avais a été égaré après mon départ du cocon familial après le bac.

 

L'intérêt pour le jeu de rôle, par contre, s'est maintenu. Au cours de mon adolescence, j'ai eu la chance de rencontrer d'autres joueurs, au collège/lycée en particulier, et les petit-fils des voisins dans les Pyrénées. Grâce à eux, j'ai été introduit à d'autres univers : le cyberpunk avec Cyberpunk 2020, le Seigneur des Anneaux avec JDRTM, du contemporain avec Nemesis et INS/MV ou même Ambre. J'ai passé de nombreuses soirées avec un ami au collège/lycée à jouer, parfois avec mon frère qui nous rejoignait. On alternait un peu : parfois il passait la nuit chez moi, parfois on faisait l'inverse. On ne faisait pas que ça, le jardin était l'occasion de jouer dehors lorsque le temps le permettait, et nous avons aussi fait de la musique ensemble pendant un temps. A l'école, ni lui ni moi n'avions particulièrement de difficulté à nous faire des amis, nous voyions d'autres personnes, participions à des soirées, faisions du sport, de la musique, et nous bavardions en classe... Bref, nous étions des adolescents normaux.

 

Au lycée, j'ai rencontré d'autres amis avec qui je garde toujoursle contact, même si la distance qui nous sépare (nous sommes deux sur Paris, un est à Rouen, deux à Nancy, une à Bordeaux) a diminué les occasions de se voir. Avec eux, je ne jouais pas au JdR, ce n'était pas leur tasse de thé, mais nous avons passé plus d'une soirée à diner et jouer aux jeux de sociétés, en particulier Taboo et Pictionary, et certaines anecdotes arrivées lors des ces parties restent parmi les meilleurs souvenirs que je garde de cette époque.

 

Après le lycée, j'ai eu moins l'occasion de jouer. Paradoxalement, cela a coïncidé avec une période assez dure de ma vie au cours de laquelle je me suis isolé des autres, mis à part mes amis proches, et à partir de laquelle j'ai eu du mal à me faire et garder de nouveaux amis. Si le JdR avait été une véritable passion, peut-être me serais-je inscrit à un club et aurais-je rencontré plus de nouvelles personnes au moment où j'en avais besoin.

 

J'ai eu l'occasion de rejouer il y a quelques années, avec mon (ex-)épouse, un collègue à elle et mon frère. Nous n'avons fait que quelques parties, et depuis je n'ai pas eu l'occasion de rejouer. Je suis en veille, en quelque sorte. J'ai acheté récemment un jeu de rôle américain -- Mouse Guard (Les Légendes de la Garde, en VF)-- inspiré d'une bande dessinée du même nom que je ne peux que recommander. Je compte bien préparer une campagne pour les prochains Elfic, en attendant la sortie de la VF de ce jeu.

 

J'ai également acquis un certain goût pour le genre JdR dans les jeux vidéo. Cela a commencé assez tôt quand j'ai eu ma super-nintendo : un des premiers jeux que j'ai eus est Secret of Mana, et un de mes rêves était de trouver Final Fantasy VI (qui n'était disponible qu'en import des Etats-Unis). En grandissant et avec les nouvelles consoles possédées par la suite, j'ai continué à jouer aux JdR, jusqu'à l'arrivée de World of Warcraft sur PC. WoW a été assez chronophage pendant une période, mais je n'ai jamais été acharné à ce jeu au point d'y passer tout mon temps libre. Il fut une époqueoù j'y jouais très régulièrement, mais dans le même temps, cela m'a permis de rencontrer d'autres joueurs et joueuses venant de toute l'Europe, qui a culminé avec un week-end en groupe à Londres, avec un grand dîner et des visites comme celle du British Museum.

 

Venons-en à ce qui m'a poussé à écrire cette petite note autobiographique sur mon expérience de rôliste. Un certain article sur un certain site ressort la vieille marionnette du "jeu de rôle c'est le mal incarné". Certains d'entre vous sont peut-être trop jeunes pour avoir connu ça, mais moi et mes aînés avons vécu la période noire du JdR, la chasse aux sorcières du milieu des années 90. J'ai eu la chance d'avoir des parents qui comprenaient que le jeu de rôle reste cela : un jeu. Jeu que je partageais avec mes copains et mon frère. Jamais l'un d'entre nous n'a considéré que le JdR nous liait tels les membres d'une secte, ni nous n'avons pris le contenu des livres pour autre chose que de la fiction.

 

Le JdR a eu pour moi une vertu : il m'a fait découvrir d'autres genres littéraires, musicaux, ludiques. J'ai gardé le goût de partager mes passions, et de m'amuser en groupe, que ce soit aller à un musée, un concert, ou pour une partie de jeu de société, pour moi, c'est mieux avec des amis. Le médiéval-fantastique, l'humour, et un goût un peu plus prononcé que la moyenne par ce qui est technologique, internet en particulier, m'ont conduit à écouter une série maintenant connue sous forme de livre et de BD : le donjon de Naheulbeuk. Et grâce au Donjon, j'ai pu rencontrer encore plus de personnes partageant mes goûts, avec qui on organise assez régulièrement des sorties, des soirées.

 

Je suppose que le JdR a eu une influence passablement négative sur nous : mon ami de collège/lycée a poursuivi des études de Lettres, ces dernières années en Angleterre, mon frère est consultant en informatique (diplômé Master 2), et je suis enseignant, après des études ratées qui m'ont conduit -- honte -- à passer successivement DEUG, l'ENS (Cachan), MSG, Master 2 et Doctorat. Clairement, le JdR a fait de moi un rebut de la société.

 

Aujourd'hui, comme je le mentionnais précédemment, je suis enseignant. J'ai enseigné pendant 5 ans à l'Université (Orsay) et son école d'ingénieur, comme moniteur et comme ATER, puis deux ans au lycée, en première et terminale STG. A la rentrée prochaine, j'enseignerai en I.U.T. Bref, je pense être relativement normal, même en étant tombé dans le JdR quand j'étais petit.

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